Actualité à la Hune

Transquadra Martinique 2017-2018

Mais pourquoi courent-ils ?

Réservée aux amateurs de plus de quarante ans, cette transat en solo ou en double exige une forte motivation. Mais les concurrents de la Transquadra n’en manquent pas ! Blandine Médecin-Rodelato, engagée en double au départ de Barcelone, et Jean-Pierre Kelbert, le constructeur des JPK qui part de Lorient en solo sur un de ses bateaux, nous ont livré leur vision de la course quelques heures avant de larguer les amarres. L’un comme l’autre ont déjà disputé cette épreuve, et ils l’avaient même remportée, en 2012 pour Blandine Médecin-Rodelato, et en 2009 pour Jean-Pierre Kelbert.
  • Publié le : 15/07/2017 - 00:01

Blandine et Jean Rodelato Blandine Médecin-Rodelato à son arrivée en Martinique, en 2012.Photo @ Sébastien Mainguet

Blandine Médecin-Rodelato,
en double avec Jean Rodelato
Sun Fast 3200 Williwaw

Voilesetvoiliers.com : Quelle est la meilleure partie du parcours ?
Blandine Médecin-Rodelato :
Tout le monde répond l’Atlantique. Mais j’avais beaucoup aimé la partie Méditerranée parce que l’on rencontre beaucoup d’animaux : baleines, dauphins, globicéphales… et puis le vent est très variable en force comme en direction, et je trouve que c’est intéressant. Après, la partie transat, c’est quand même quelque chose. Quand on ne l’a jamais faite auparavant, bien sûr, et même, je pense, la deuxième fois !

Voilesetvoiliers.com : Et quelle est la partie la plus difficile ?
B. M.-R. :
Gibraltar, sans hésitation. La dernière fois que l’on a fait la course, c’était difficile parce qu’il n’y avait pas de vent et qu’il y a forcément des courants et des contre-courants. Je pense que cette fois ça va être compliqué parce qu’il va y avoir beaucoup de vent. On devrait être au portant, mais cela va sans doute être fort à la sortie du détroit.

Voilesetvoiliers.com : Le meilleur souvenir de la précédente édition que vous avez courue ?
B. M.-R. :
Les dauphins entourés de plancton phosphorescent, la nuit juste avant d’entrer dans le détroit de Gibraltar. Mais j’en ai plein d’autres : la sortie de Gibraltar, aussi, avec encore un énorme banc de dauphins, et bien sûr l’arrivée à Madère, parce que l’on était arrivé en fin de journée, avec des superconditions. Il y a plein d’émotions dans cette course.

Blandine et Jean RodelatoL’arrivée de Blandine et Jean Rodelato à Madère, en 2011, sur leur Sun Fast 3200.Photo @ Sébastien Mainguet

Voilesetvoiliers.com : Et le plus mauvais ?
B. M.-R. :
Le plus fatigant, c’était en Méditerranée, une nuit où l’on a changé quatorze fois de voile. On était bord à bord avec le bateau de Jean-Marie Vidal, on se battait avec eux, et on n’a pas arrêté !

Voilesetvoiliers.com : Entre le Sun Fast 3200 et le Nacra 17 que vous avez pratiqué entre-temps, est-ce que ce n’est pas le grand écart ?
B. M.-R. :
Ah oui, ça n’a rien à voir ! Quand on a terminé la Transquadra en 2012, on s’est mis au Nacra, un support que l’on ne connaissait pas et on s’est dit qu’on allait faire les deux, Nacra et Transquadra. Mais on a tout de suite vu que ça ne le faisait pas du tout, donc pendant trois ans on ne s’est consacré qu’au Nacra et on a fait une préparation olympique — que la préparation, malheureusement ! Au niveau de la barre ou des réglages, l’expérience du Nacra est quand même utile pour la course au large. Pour autant, on n’est pas forcément favori cette année parce que l’on a le bateau tel qu’il était il y a six ans. Nos adversaires les plus dangereux ? Je n’en sais rien ! (Rires) Honnêtement, on a un peu sorti le bateau du placard. On a préparé le Sun Fast il y a tout juste deux mois. On n’a pas beaucoup navigué non plus, on a juste essayé un spi neuf — notre seule voile neuve. Donc on l’a fait un peu «à l’arrache». On y va à la cool, pour se faire plaisir.

 

Jean-Pierre Kelbert en solo
JPK 10.80, Léon

Jean-Pierre KelbertJean-Pierre Kelbert (à gauche) au départ de la dernière Transquadra, en 2014, avec Hervé Perroud, son co-skipper d’alors. Photo @ Sébastien Mainguet

Voilesetvoiliers.com : La Transquadra, c’est mieux en solo ou en double ?
Jean-Pierre Kelbert :
C’est vraiment une question de pression, d’intensité, d’engagement. En solo, c’est vrai que t’es obligé de gérer tout, à tous les étages, tout le temps. T’es obligé de tout prendre sur toi et c’est fondamentalement différent de ce que l’on vit en double. C’est une autre façon de naviguer. Avant de partir en solo, il faut aussi un peu de préparation psychologique, assez loin en amont, ce qui est beaucoup moins vrai en double. La préparation du bateau est assez différente aussi : tu es obligé d’avoir plus de matériel de rechange, pour le pilote par exemple. Comme tu ne peux pas barrer 24 heures sur 24, tu n’as pas le droit d’avoir une panne d’électronique. Donc tu es obligé de doubler tes équipements. Et il faut être sûr d’avoir un très bon pilote. J’ai, par exemple, loué le modèle haut de gamme de NKE, le «HR». Sinon tu peux aller à la vitesse des doubles tant que les conditions sont relativement maniables et que tu n’as pas de pépin. Mais après, il faut imaginer, quand ça devient beaucoup plus tendu. Quand il y a vraiment de l’air au portant ; que c’est fort et que ça dure, il faut un bateau très bien préparé, très bien réglé, avec un bon étagement de spis. C’est là-dessus que l’on travaille.

Voilesetvoiliers.com : A quel moment t’es-tu dit que tu allais la refaire en solo et pourquoi ?
J.-P. K. :
Après l’avoir disputé en double la dernière fois, je me suis dit : bon, a priori, je ne la refais pas, malgré les sollicitations de quelques potes clients. Ensuite, je me suis dit que si je la refaisais, ce serait en solo. A ce stade, les réticences étaient plutôt familiales. Ça ne plaisait pas trop à mes enfants ni à ma femme. Et quand j’ai vu que finalement ils n’étaient pas trop hostiles, je me suis engouffré dans la brèche (rires). Le fait que le départ soit à Lorient a aussi facilité les choses : du coup, je peux gérer le chantier jusqu’au dernier moment (Jean-Pierre Kelbert dirige le chantier JPK Composites, ndlr).

Départ BarceloneLes concurrents de cette édition 2017-2018 partis mardi de Barcelone ont eu la chance, à l"image de Frédéric Ponsenard de croiser le majestueux Moonbeam of Fife.Photo @ François Van Malleghem/Transquadra Martinique

Voilesetvoiliers.com : Quel est ton plus mauvais souvenir de Transquadra ?
J.-P. K. :
En 2009, en solo, j’étais tombé du mât en défaisant un cocotier et je m’étais cassé quatre côtes. C’était un peu long la dernière semaine… J’ai quand même vu que si le bateau était bien préparé, c’est lui qui faisait le boulot ! Mais le moment juste après être tombé, avec le spi pas encore décroché… Déjà j’étais content d’être sur le bateau et pas dans l’eau. On relativise tout de suite ! Sur le coup, je me suis dit : ça ne va pas le faire. Je suis quand même remonté au mât, bien qu’étant tout cassé, mais j’ai très vite renoncé. Finalement j’ai réussi à défaire le truc depuis le pont en enlevant l’étai creux. Mais au moment où je ne voyais pas de solution, j’étais mal. J’étais cassé et je me disais que la course était finie.

Voilesetvoiliers.com : En solitaire, est-ce que tu peux naviguer sous spi dans la brise comme en double. Ou faut-il affaler plus tôt pour dormir ?
J.-P. K. :
Ah non ! L’idée, c’est de faire exactement pareil : quand t’as le spi en l’air, tu le gardes tant que tu tiens le bateau. En général, tu le ramasses quand c’est un peu trop tard. C’est-à-dire que tu ne l’affales pas tant que tu ne pars pas vraiment au tas. A un moment, ça devient dangereux d’affaler et donc tu te dis on tient, on tient, on tient… Et là si ça tient, tant mieux, et si ça part en sucette, eh ben tu ramasses le tout comme tu peux. J’ai installé des drisses très, très longues pour pouvoir traîner le spi derrière ; et j’ai aussi prévu des rouleaux dans les filières pour pouvoir le ramener comme un filet. J’ai aussi un siège baquet que je peux mettre en haut de la descente sous ma bulle de protection. Je le tourne vers l’arrière, comme ça je peux me reposer en étant prêt à sauter sur les écoutes. J’ai aussi mis des safrans plus long : ceux du futur JPK 11.80. Ils sont un peu plus grands et du coup le bateau est plus stable. J’ai aussi un petit spi de brise qui est un peu plus petit que celui que j’utilise e