Actualité à la Hune

The Bridge

Macif a croqué Big Apple

Le trimaran géant Macif est toujours invaincu : après la Transat Jaques Vabre en double et la Transat anglaise en solitaire, voici un nouveau succès - en équipage cette fois - sur The Bridge, entre Saint-Nazaire et New York. Les hommes de François Gabart sont arrivés hier après-midi sous le pont de Verrazano à 13 heures 31 minutes (19 heures 31 minutes heure française), après 8 jours et 31 minutes de course. L’équipage de Francis Joyon a pris la deuxième place quelques heures plus tard. Pendant ce temps, à bord de Sodebo les nouvelles sont rassurantes pour Thierry Briend qui va toucher terre à New York ce mardi. Rencontre avec le skipper vainqueur, François Gabart.
  • Publié le : 04/07/2017 - 07:32

Macif a New York"On s’est offert un petit tour de bateau à voile près de la Statue de la Liberté. Pour le plaisir. Ce n’est quand même pas tous les jours qu’on peut faire ça, alors il faut en profiter" avouait à l'arrivée François Gabart. Photo @ Thierry Martinez/The Bridge

Voilesetvoiliers.com : François, cette arrivée victorieuse à New York, c’est une belle émotion ?
F. G. :
Oui, c’est toujours fabuleux d’arriver à New York ! J’ai beau l’avoir vécu l’an dernier (victoire en solo dans la Transat anglaise, ndlr), c’est toujours un spectacle grandiose. Tu vois à l’horizon des petites barres qui apparaissent, tu les vois de très loin, de 20 ou 30 milles, et quand tu t’approches tu te rends compte que ce sont bien les gratte-ciels de Manhattan. C’est exceptionnel. Et quand tu arrives sous voiles au pied de la Statue de la Liberté comme aujourd’hui, c’est génial…

Voilesetvoiliers.com : Justement, qu’est-ce qui est différent en équipage ?
F. G. :
C’est une façon différente de voir les choses, de partager. On arrive après avoir vécu une belle transat. C’était sympa de pousser le bateau à fond et on s’est même offert un petit tour de bateau à voile près de la Statue de la Liberté. Pour le plaisir. Ce n’est quand même pas tous les jours qu’on peut faire ça, je ne sais même pas si on a trop le droit, alors il faut en profiter quand a priori on peut le faire…

Voilesetvoiliers.com : Disputée essentiellement au près, la transat n’a pas été très rapide. Avez-vous trouvé le temps long ?
F. G. :
Non je n’ai pas trouvé ça long, c’est passé vite. On savait dès le départ que ce serait des conditions pas très rapides. On a quasiment tout fait au près, parfois dans pas beaucoup de vent… mais ceci dit la course a été très intéressante et très belle. On s’est retrouvé en tête assez rapidement et il fallait gérer ça, essayer de contrôler car il y avait pas mal de choses à perdre en étant devant. Il y avait finalement une certaine pression que je n’avais pas forcément connue sur d’autres courses. Mais ça s’est bien passé, ça s’est bien terminé pour nous. Nous aurions aimé avoir plus de vent portant, ça c’est sûr. Normalement je vais en faire un sacré bout dans quelques mois (allusion à sa tentative prévue contre le record du tour du monde cet hiver, ndlr), donc chaque chose en son temps…

François GabartVendée Globe, Transat Jacques Vabre, Transat anglaise et maintenant The Bridge... Le palmarès de François Gabart en course au large s'étoffe course après course. Photo @ Thierry Martinez/The Bridge

«La course s’est jouée sur les transitions et la vitesse»

Voilesetvoiliers.com : Stratégiquement, beaucoup de choses se sont jouées sur le tout début de course…
F. G. 
:
C’est vrai que Sodebo a perdu du terrain sur les premières heures de course, mais il n’était pas très loin non plus. Voilà encore deux jours nous n’étions pas si éloignés les uns des autres avec IDEC et Sodebo. Tout était encore possible. Il y a eu beaucoup de transitions, la course s’est jouée sur la gestion de ces transitions et sur la vitesse. On a réussi à contenir nos adversaires jusqu’à la fin, mais une course se joue à chaque instant, pas seulement au départ… Nous aurions très bien pu ne pas avoir de vent du tout à Nantucket – c’était l’un des scenarii possibles - et que tout soit relancé. Finalement nous avons eu du vent aussi toute cette dernière journée de mer. On ne s’y attendait pas forcément. Une de nos forces a été d’être tout de suite percutants, rapides et d’avoir les sensations dès la première nuit de course.

Voilesetvoiliers.com : Ce que tu ressens, c’est de la fierté ?
F. G. :
Oui il y a une grande fierté parce que, mine de rien, le bateau a gagné toutes les courses auxquelles il a participé jusqu’ici. Une partie de l’équipe qui a bossé sur ce bateau était à bord… et on est fier de ce bateau. On a fait un super bateau, une super belle course et The Bridge c’est une victoire en équipage qui succède à une victoire en solitaire (Transat anglaise) et à une victoire en double avec Pascal Bidégorry (Transat Jacques Vabre)… Nous avons montré que nous étions capables d’être présents. Je suis content et fier de nous, de l’équipage et aussi de toute l’équipe qui a travaillé sur ce bateau.

Voilesetvoiliers.com : Une des idées était aussi de jauger tes adversaires en Ultim…
F. G. :
Naviguer face à IDEC, c’était la première fois et c’est un bateau référence. C’est quand même le bateau qui a fait le tour du monde en 40 jours, un bateau exceptionnel ! On ne savait pas comment on allait se comporter en équipage face à lui, et finalement ça s’est bien passé. Ils ne nous ont pas rendu les choses faciles, mais tant mieux, c’est exactement ce qu’on voulait ! Depuis un an nous n’avions pas eu de confrontations contre les bateaux de notre classe et pendant ces douze mois nous avons continué à progresser, eux aussi… On a encore du boulot pour continuer à progresser, à la fois sur le bateau et à la fois sur ce que le marin est capable de faire à bord d’un bateau comme ça. L’objectif est de réussir à faire en solo presque ce qu’on peut faire en équipage. Repousser toujours les limites.

Voilesetvoiliers.com : Avez-vous regardé un peu la trajectoire du Queen Mary 2 ?
F. G. :
Une ou deux fois, mais c’était par simple curiosité. Car on savait depuis le départ qu’il n’y aurait pas de match : avec cette météo-là ce n’était pas l’enjeu… mais à ce sujet je précise que nous avons gagné puisqu’il a mordu la zone d’exclusion des glaces, donc il n’a pas respecté le parcours ! (Rires)

Equipage macifLes cinq de Macif, vainqueurs de cette course, sont arrivés lundi 3 juillet à 19 heures 31.Photo @ Thierry Martinez/The Bridge

Voilesetvoiliers.com : Avez-vous eu des avaries à déplorer ?
F. G. :
Pas grand-chose, des petites avaries mais vraiment rien de grave. On a tapé deux fois quelque chose : une fois avec la dérive centrale, une fois avec le foil tribord. Le vérin qui gère le rake du foil, (l’incidence) a implosé sous le choc. On a tout nettoyé mais on ne pouvait plus régler ce foil. Ce n’était pas trop gênant avec tout ce près, mais si nous avions eu à faire un long bord rapide sur la fin du parcours, ça aurait pu nous pénaliser.

Voilesetvoiliers.com : Quelle était l’ambiance à bord ?
F. G. :
C’était cool ! Tout le monde avait une histoire un peu différente, personne ne se ressemblait et c’était vraiment sympa d’arriver à mélanger des personnalités, des âges différents, des gens différents, des histoires différentes… et faire que tout ça puisse bien fonctionner ensemble. C’était un de mes objectifs aussi d’arriver à manager cette équipe pour qu’elle soit heureuse, qu’elle navigue bien ensemble, que les gens travaillent bien… et ça s’est super bien passé, en tout cas on s’est éclaté ! J’espère pouvoir refaire un peu d’équipage dans les années qui viennent parce que c’est sacrément chouette.

Voilesetvoiliers.com : Des exemples de choses apprises en équipage sur The Bridge et qui te serviront pour le solitaire ?
F. G. :
La capacité du bateau à accélérer, tout simplement : quand tu bordes, que tu te mets sur un flotteur et que tu attaques… ça répond vite ! C’est difficile à faire en solitaire parce que seul tu ne peux pas tout faire en même temps : régler les écoutes, barrer, etc. Cela va nous imposer de faire progresser le pilote, mais aussi que moi je progresse sur ma capacité à manœuvrer et à ne pas faire d’erreur. En équipage, on voit bien qu’en repoussant un peu les limites on peut aller plus vite… et c’est ce qui m’intéresse.

Voilesetvoiliers.com : Côté sécurité, on voit que tu t’es balafré le front et il y a eu la chute de Thierry Briend sur Sodebo
F. G. :
Je me suis cogné… Comme vous le savez, on a eu des conditions un peu musclées, hier. Thierry s’est fait sérieusement mal sur Sodebo, j’espère que ça va mieux pour lui. Un bateau comme ça quand il va vite secoue très fort dans la mer. C’est à nous aussi les marins d’être capables de gérer cette vitesse-là car on va aller de plus en plus vite, il n’y a aucune raison que ça s’arrête. Un moment donné, il va falloir être capables de gérer un bateau qui va à 40 nœuds dans la mer formée. Donc il va peut-être falloir s’attacher, inventer des ceintures de sécurité, se protéger. Je n’avais pas de casque mais en revanche des protections sur tout le corps en test et ce n’était pas mal… Dans les années qui viennent je pense qu’on n’aura pas le choix : il faudra être de plus en plus protégés.

Macif a New YorkTrois transats et trois victoires pour le trimaran Macif dont deux à New York.Photo @ Thierry Martinez/The Bridge

Une pointe à 41,7 nœuds sous pilote

Voilesetvoiliers.com : Macif n’est pas le bateau le plus puissant de la flotte, alors quels sont ses points forts ?
F. G. :
Sans maîtrise, la puissance n’est rien… c’est bien ça le slogan ? (Rires) Plus sérieusement, en face de la puissance nous avons un bateau relativement léger et bien optimisé à tous points de vue, en termes d’appendices, de plein de choses… Nous avons réussi à compenser. Et puis nous avons eu un parcours avec beaucoup de transitions et de manœuvres, et je pense que ça nous a beaucoup aidés. C’est vrai qu’en ligne droite on est un peu moins puissant… ceci dit sur le peu de ligne droite qu’on a pu faire au contact avec les autres, on voyait qu’on allait vite. C’est plutôt satisfaisant de voir que ce bateau-là n’est peut-être pas le plus puissant mais peut tout de même être le plus rapide dans beaucoup de conditions.

Voilesetvoiliers.com : Le virement de bord très Nord en Irlande qui vous fait prendre l’avantage, c’était pour jouer l’angle ?
F. G. :
On arrive en tête en Irlande et on se décale un peu dans le Nord, oui. Comparé à IDEC, c’est assez rigolo car je pense qu’on a fait plus de chemin, c’est même une évidence, mais souvent avec des angles un peu meilleurs. Nous étions plus en vitesse. IDEC a eu une trajectoire magnifique, très belle, car ils n’ont vraiment pas fait de milles en trop. De notre côté nous avons accepté de tirer un peu sur le bateau à certains moments, pour avoir des meilleurs angles et essayer d’accélérer. C’est un choix… aujourd’hui on arrive devant mais je ne dis pas que c’est vrai tout le temps !

Voilesetvoiliers.com : Pour l’anecdote, quelle meilleure pointe de vitesse avez-vous fait sur The Bridge et qui était à la barre ?
F. G. :
Le bateau est monté jusqu’à 41,7 nœuds. Et c’était sous pilote automatique. (Pascal Bidégorry, qui passe par là, ajoute à la volée : "le pilote, lui, il n’a pas peur"…)

VIDEO. Revivez l'arrivée de Macif à New York

The Bridge 2017

Course transatlantique en équipage entre Saint-Nazaire et New York (3 152 milles)
Départ le 25 juin 2017 à 19 heures

 

Classement général

1.   Queen Mary 2 (Chris Wells) : arrivé le 1er juillet à 5 heures 10 minutes (heure locale)

Classement Class Ultim
(au lundi 4 juillet à 15 heures françaises)

1.   Macif (François Gabart) : arrivé le 3 juillet à 13 heures 31 minutes et 20 secondes (heure de New York), temps de course : 8 jours 31 minutes et 20 secondes. Moyenne : 18,61 nœuds sur 3 582 milles parcourus.

2.   IDEC Sport (Francis Joyon) : arrivé le 4 juillet à 0 heure 9 minutes et 3 secondes (heure de New York), temps de course : 8 jours 11 heures 9 minutes et 3 secondes. Moyenne : 17,16 nœuds sur 3 886 milles parcourus.

3.   Sodebo Ultim’ (Thomas Coville) : arrivé le 4 juillet à 5 heures 18 minutes et 55 secondes (heure de New York), temps de course : 8 jours 16 heures 18 minutes et 55 secondes. Moyenne : 17,04 nœuds sur 3 549 milles parcourus.

4.   Actual (Yves Le Blevec) : à 185 milles du but