Actualité à la Hune

ROLEX SYDNEY HOBART

Jean-Pierre Kelbert : «Un joli grand chelem !»

Voilà une semaine, le JPK 10.80 Banque de Nouvelle-Calédonie, mené par Michel Quintin et son équipage, dont Alexis Loison à la navigation, gagnait Sydney Hobart en IRC4. Une nouvelle et belle réussite pour le chantier lorientais et qui ravit le patron, Jean-Pierre Kelbert… qui tentera de décrocher lui-même une nouvelle victoire sur la Transquadra le mois prochain !
  • Publié le : 05/01/2018 - 00:01

JPK 1020Lors du dernier Nautic de Paris, Jean-Pierre Kelbert présentait le futur JPK 1020 mais sous forme de maquette.Photo @ Loïc Madeline

Voilesetvoiliers.com : Votre chantier a terminé 2017 avec une nouvelle victoire dans Sydney Hobart en IRC4 après celle acquise voilà deux ans et à bord du même JPK 10.80, rebaptisé Banque de Nouvelle-Calédonie
Jean-Pierre Kelbert : Exactement. C’est le bateau avec lequel j’avais disputé la Transquadra 2015. Michel Quinitin, son skipper, est un copain de l’époque de l'équipe de France de planche à voile. Il avait récupéré le bateau aux Antilles avant de le convoyer en Nouvelle-Calédonie via Panama. Six mois plus tard, lorsque Géry Trentesaux a voulu faire Sydney Hobart 2015, je les ai mis en contact. Il y avait l’équipe de Géry, Michel donc et Alexis Loison qui a assuré la navigation voilà deux ans comme cette année d’ailleurs. On est super content de cette victoire car, lorsque Michel a démarré, il n’avait pas fait vraiment de compétition en voiler depuis un moment. Il a monté une petite équipe et s’est bien entouré, fédérant un équipage qui va bien. Ils ont bien optimisé le bateau, trouvé un sponsor. Je leur ai refilé des petits tuyaux pour optimiser le rating et configurer le bateau comme il faut.

Voilesetvoiliers.com : Quel écho avez-vous eu de leur course ?
J.-P. K. :
En termes de résultat, ils ont gagné en IRC4, terminé parmi pas mal d’IRC3 et bagarré avec des IRC2. Ils ont fait une belle course. Ils ont tiré fort sur le bateau lors des deux premiers jours ave des pointes à 22/23 nœuds. Ils ont fait un bon break avec le Sun Fast 3600 de Mark Hipgrave, Mister Lucky, lui collant un instant jusqu’à 40 milles d’avance. Ils étaient huitièmes toutes classes à ce moment-là. Ce qui était déjà super top mais le vent a molli sur la fin de course pour les petits bateaux alors que les gros et moyens étaient déjà arrivés. Cela a été dans le bon sens pour les plus gros de la flotte, pas pour les petits.

Banque de Nouvelle CalédonieAprès avoir gagné Sydney Hobart en 2015 en catégorie IRC4 sous le nom de Courrier du Léon, ce 10.80, propriété de Michel Quintin, a de nouveau été victorieux en décembre dernier toujours dans la même classe. Photo @ Rolex/Studio Borlenghi

Voilesetvoiliers.com : C’est de nouveau une belle saison qui s’achève pour vos bateaux sur les grandes courses au large anglo-saxonnes…
J.-P. K. :
Sur le Fastnet, avec les trois victoires acquises cette année en IRC4 et en double (par les Loison père et fils, ndlr) et en IRC3 (par le 10.80 Dream Pearls d'Arnaud Delamare et Eric Mordret), nous avons au total pour le chantier six victoires de classes et deux toutes catégories (en 2013 puis 2015, ndlr). Il y a donc cette dernière en IRC4 sur Sydney Hobart que nous avions déjà gagné en IRC4 en 2015 (victoire assortie alors d’une 2e place toutes catégories, ndlr). Mais on a aussi gagné la Middle Sea Race toutes catégories (grâce au 10.80 russe Bogatyr d’Igor Rytov). On fait un joli grand chelem. Pour la Middle Sea Race je n’avais pas vu le coup venir car je n’avais pas eu les clients au téléphone avant la course. Et pendant, un copain client m’a averti. Une belle surprise ! Et puis je ne veux pas oublier les deux victoires ces dernières années sur la semaine de Cowes, le Tour de l’île de Wight toutes catégories…

Voilesetvoiliers.com : Toutes ces victoires à l’étranger sur des courses internationales mais très anglo-saxonnes profitent-elles au chantier en terme de vente ?
J.-P. K. :
Oui, on a vendu pas mal de bateaux à l’étranger, dont beaucoup de 10.80 qui ont le plus scoré sur ce type de courses. Le dernier est parti en Australie. Il y a toujours un effet et cela donne une belle image. Mais le bateau est un peu dans le collimateur des jaugeurs car il est pile-poil où il doit être en rating. Certains tiquent car, sur le Fastnet, c’est vrai que c’est impressionnant avec le 10.80 mais aussi avec le 10.10. D’ailleurs le 10.10 (Expresso 2 de Guy Claeys) a aussi gagné le championnat d‘Europe 2017 en équipages. Ces deux bateaux ont le même ratio performance/rating.

TimelineLe JPK 10.80 Timeline, deuxième du Rolex Fastnet 2017 en IRC3, derrière un autre 1080, Dream Pearls. Photo @ Rolex/Carlo Borlenghi

Voilesetvoiliers.com : Comment expliquez-vous aujourd’hui que le 10.10 comme le 10.80 gagnent tant ces dernières années ?
J.-P. K. :
Jacques (Valer, ndlr) est un architecte assez génial pour dessiner des bateaux entre guillemets assez lourds mais qui restent planants. C’est l’essentiel à trouver. Il ne faut pas que les bateaux soient trop taxés en jauge donc ne soit pas extrêmes en poids. Jacques fait des dessins qui vont bien partout. Qu’on gagne la Commodore’s Cup ou le Championnat d’Europe IRC entre trois bouées ou la Transquadra, le Fastnet comme Sydney Hobart au large, cela paraît dingue. Jacques est à l’optimal de l’exploitation de la jauge, ce qui permet de faire des bons bateaux très polyvalents.

Voilesetvoiliers.com : Combien en avez-vous produit ?
J.-P. K. :
On a fait 51 JPK 10.10 et 28 JPK 10.80. Jacques dessine des bons voiliers mais on a aussi la culture pour fabriquer des bateaux pas compliqués et très soignés pour que les masses soient au mieux, que les bateaux soient raides, etc. Ensuite on essaie de faire gagner le premier bateau d’une série. Cela donne envie à de bons clients qui ont envie de se challenger entre eux. Et on se retrouve sur le Spi Ouest-France, par exemple, avec 20 JPK 10.10 sur lesquels il y a des figaristes, des propriétaires passionnés qui mettent les moyens… cela fait monter le niveau, comme en monotypie en quelque sorte. Un petit avantage au départ en devient un gros à la fin. Les bateaux sont très bien menés ; les clients ont un niveau moyen très élevé. De l’extérieur cela paraît hallucinant mais c’est en fait une addition de facteurs. Avec de bons bateaux, on donne envie aux meilleurs de venir à l’image des Russes de Bogatyr qui montent un équipage terrible et gagnent. C’est vertueux car lorsque l’on lance un nouveau bateau il y a tout de suite des clients qui les commandent sur plans !

BogatyrCe fut la victoire surprise de l'année 2017 pour JPK : celle du 10.80 Bogatyr de l'équipage russe d'Igor Rytov au terme de la dernière Rolex Middle Sea Race.Photo @ Rolex/Kurt Arrigo

Voilesetvoiliers.com : Comme le 11.80 que vous allez lancer cette année…
J.-P. K. :
Les clients disent que nos bateaux ne seront jamais mauvais ! Cela nous met la pression car on ne veut pas tuer la peau de l’ours… En tout cas, c’est bénéfique pour le chantier avec par exemple cinq 11.80 déjà commandés par d’excellents équipages. Du coup, on peut même se permettre d’être exigeants sur le choix des clients. Le premier sera à l’eau fin janvier et je freine un peu sur la commande du sixième car on a du mal à s’engager en termes de planning. Le premier sera pour Géry Trentesaux, le deuxième pour les Anglais de Yes (qui possèdent un 10.80 et ont gagné, entre autres, la Semaine de Cowes en 2016, ndlr). On va avoir des super équipages. Mais cela nous a valu une petite réévaluation du rating des facteurs de coque en rating récemment. Il n’y a rien qui cloche car on est très attentif à cela. Mais au niveau de la jauge, les gens qui n’ont pas de JPK sont agacés et disent qu’on est dans un trou de jauge. Ce qui n’est pas le cas ! C’est que ces bateaux sont bien dessinés pour cette jauge assez équitable. Mais les corrections sont raisonnables et ne devraient pas empêcher le bateau de faire des scores cette année.

Voilesetvoiliers.com : Le carnet de commandes de JPK semble bien plein…
J.-P. K. :
Sur certains modèles, on a des délais d'un an à un an et demi car il y a le 45 de croisière (en lice pour le titre de bateau européen de l’année ; résultat le 20 janvier à Düsseldorf, ndlr) qui part bien. Pareil pour le 38. Je pensais le 10.10 en bout de vie mais non, car je viens d’en vendre de nouveaux. Tous les modèles de la gamme sont sur une bonne vague. En parallèle, on a un nouveau projet de 10.20, un pur bateau de double, pour remplacer le 10.10, justement. Le marché s’oriente vraiment vers le double. On pense pouvoir faire mieux que le 10.10 tout en étant un peu moins polyvalent car, pour l’améliorer, il faut faire des sacrifices. On devrait attaquer les outillages en deuxième partie de 2018 et il devrait naviguer en 2019 en vue de la Transquadra qui suivra.

Voilesetvoiliers.com : Et votre actualité personnelle, justement, c’est la deuxième étape de l’actuelle Transquadra qui partira le 10 février de Madère…
J.-P. K. :
Cela m’était un peu sorti de la tête car il y a six mois d’écart entre les deux manches. J’ai du mal à réaliser que dans un mois je fais la transat.

KelbertJean-Pierre Kelbert, deuxième en solo de la première étape de la Transquadra 2017-2018 sur son JPK 10.80.Photo @ Sébastien Mainguet
Voilesetvoiliers.com : Avec une belle bagarre en perspective…
J.-P. K. :
Alex (Ozon, vainqueur en solitaire de la première étape depuis Lorient sur le 
Bepox 990 Team2Choc alors que Jean-Pierre Kelbert est deuxième sur le 10.80 Léon, ndlr) m’a envoyé ses vœux justement (il rit). C’est un vrai client ! Cela dépasse la manière dont je vais mener le bateau car le sien est très typé pour certaines allures. C’est un peu pour cela qu’on a décidé de faire un bateau de double. On ne peut pas se permettre d’être aussi extrême que le Bepox car il fait de vraies impasses sur certaines allures mais on peut tendre vers un bateau plus léger, plus tendu, plus planant. Le Bepox plane un peu plus tôt, vers 20-25 nœuds, où il décolle de façon constante, et ce n’est pas encore le cas pour moi. S’il y a moins je vais mieux ; s’il y a plus, je vais au moins aussi bien. Si c’est plus serré, on fait jeu égal ; si c’est au près, je vais plus d’un nœud plus vite mais sur une transat, il n’y a pas de près a priori ! La météo sera le juge. L’idée sera de faire au mieux, sans frustration. Mais je ferai tout pour qu’il ne gagne pas !